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Pauvreté, inégalités, exclusion et travail social

Bien que le Québec soit une société riche, bon an mal an, près d’un cinquième de la population québécoise est dite à faible revenu selon le critère de comparaison internationale utilisé (Mesure de faible revenu à 60 % du revenu médian, ou MFR-60). Autour d’un dixième de la population ne dispose pas d’un revenu suffisant pour couvrir ses besoins de base selon la mesure du panier de consommation (MPC).

De 2002 à aujourd’hui, l’aide sociale de base pour une personne seule jugée apte au travail et sans emploi n’a jamais garanti plus de la moitié du seuil de la mesure du panier de consommation (MPC), la mesure utilisée au Québec pour suivre les situations de pauvreté du point de vue de la couverture des besoins de base. Le salaire minimum à temps plein peine à garantir un revenu annuel au-dessus de ce seuil, lequel est suffisant pour indiquer la couverture des besoins de base, mais trop bas pour correspondre à la sortie de la pauvreté selon la définition de la pauvreté adoptée au Québec en 2002 dans la Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale. La pauvreté au travail reste une réalité dans plusieurs secteurs d’emploi précaires, saisonniers et/ou au salaire minimum. Tout cela a des répercussions sur la qualité et l’espérance de vie des personnes concernées et sur le bien vivre collectif.

« Nous on survit au dollar près, pis le gouvernement nous poursuit au dollar près. »

Jacques, prestataire de l'aide sociale, Québec, 2004.

Pourtant, si on prend le revenu dont l’ensemble des ménages dispose aux fins des dépenses de consommation considérées par la MPC (nourriture, vêtements, logement, transport, autres dépenses courantes), la société québécoise produit suffisamment de revenu pour assurer deux fois le seuil de la MPC à tous les ménages. 

Comment cela se fait-il, alors que le Québec dispose depuis 2002 d’une Loi visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale qui engage la société québécoise et ses institutions politiques « à tendre vers un Québec sans pauvreté »?

Au-delà des causes proches reliées à l’histoire des personnes et des communautés, et des difficultés qui peuvent y être associées, une des pistes à explorer est celle des causes systémiques. Celles-ci contribuent à concentrer la richesse monétaire vers des plus riches et à générer des inégalités chroniques de revenu et de niveaux de vie, malgré les efforts des gens pour s’en sortir.

Comment arriver à s’en parler de façon constructive pour favoriser des solidarités plus effectives et en venir, dans le pacte social et fiscal comme dans la vie quotidienne, à mieux partager la richesse produite et la qualité de vie qu’elle permet? Comment avancer vers une société sans pauvreté, riche pour tout le monde, et riche de tout son monde, une autre façon de parler de lutte contre la pauvreté, les inégalités et l’exclusion socio-économiques? Comment en assumer la responsabilité dans l’interdépendance plutôt que de céder au réflexe de faire porter les regards, les jugements et la pression sur les plus pauvres?

C’est l’angle qui sera exploré dans ce dossier. 

Quelle contribution le travail social peut-il apporter pour avancer dans cette direction? C’est la question à la base de la conférence donnée par Vivian Labrie lors des journées professionnelles du 2 et 3 novembre 2018.

 

 

L’objectif du présent dossier est de permettre de se préparer à la journée professionnelle en présentant un état de situation de la pauvreté et des politiques à cet égard dans le Québec de 2018 et. Il est structuré en sept parties :

Partie 1 - Un effort social à intensifier
Partie 2 - Un Québec sans pauvreté, riche pour tout le monde et riche de tout son monde
Partie 3 - Douze aspects à prendre en compte
Partie 4 - Carte du chemin parcouru
Partie 5 - Documents et témoignages à l'appui
Partie 6 - Le chemin à parcourir et les options possibles
Partie 7 - Des ressources

Le contenu des parties 2 à 7 a été développé par Vivian Labrie, chercheure autonome, membre de l’équipe de recherche québécoise ÉRASME et chercheure associée à l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS). Il fournit des pistes pour se documenter, se mettre en observation sur la question, y contribuer et alimenter la réflexion en regard de l’intervention sociale en contexte de pauvreté, d’inégalités de revenu et d’exclusion sociale et économique dans la société québécoise de 2018.

EngrenageAu fil du dossier, ce symbole invite à des exercices permettant de se mettre en mouvement par rapport aux questions abordées, soit par une petite pause en cours de lecture, soit en les transportant dans un autre contexte, pour une réflexion individuelle ou à plusieurs.

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